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L’« inévitable » sortie des énergies fossiles évitée...

Les pays signataires de l’Accord de Paris se sont toutefois engagés pour la première fois à favoriser une « transition » hors des énergies fossiles

ALEXANDRE SHIELDS PÔLE ENVIRONNEMENT

Même si l’on sait depuis plusieurs années que les énergies fossiles alimentent les dérèglements du climat qui menacent l’humanité, la conférence climatique des Nations unies (COP28) est seulement parvenue cette année à inscrire la nécessité d’une « transition » hors du pétrole, du gaz et du charbon. Un gain âprement négocié et salué par plusieurs, mais insuffisant pour infléchir la trajectoire de réchauffement sur laquelle se trouve la planète.

Au terme de négociations qui ont dépassé l’heure limite fixée pour la fin de cette conférence, le président de la COP28, Sultan al-Jaber, est parvenu à dénouer l’impasse qui perdurait sur le thème central des tractations : les énergies fossiles.

Au lieu d’éviter de nommer « l’éléphant dans la pièce », comme on le fait depuis des années, il a opté pour une formule qui a le mérite de pointer du doigt la responsabilité de notre dépendance au pétrole, au gaz et au charbon dans l’augmentation dangereuse des températures mondiales. Mais le vocabulaire choisi évite aussi de tracer la voie à la pourtant nécessaire élimination de ces énergies, une option rejetée d’emblée par plusieurs pays producteurs.

Le texte, non contraignant, invite ainsi les États à « effectuer une transition hors des énergies fossiles » qui soit cohérente avec l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter le réchauffement climatique à un maximum de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Cette transition, précise-t-on dans le document, doit cependant se faire « d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action dans cette décennie cruciale, afin que la neutralité carbone soit atteinte en 2050 conformément aux préconisations scientifiques ». La transition d’une « manière juste, ordonnée et équitable » signifie le respect d’un rythme différent selon les pays, leurs besoins de développement et leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique.

Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole ont donc laissé tomber leur volonté de bloquer toute inscription du terme « énergies fossiles » dans le texte final. Et une fois celui-ci adopté, mercredi, ils ont annoncé que la consommation mondiale de pétrole continuerait de connaître une croissance « saine », vers un nouveau record, en 2024. Elle devrait dépasser les 104 millions de barils par jour, contre une moyenne de 102 millions cette année.

Un rapport publié tout juste avant la COP28 par l’Agence internationale de l’énergie prévenait pourtant qu’en plus d’éliminer le toujours très utilisé charbon (neuf milliards de tonnes consommées en 2022), il faudrait réduire d’au moins 75 % le recours au pétrole et au gaz d’ici 25 ans pour espérer limiter le réchauffement au seuil viable de 1,5 °C.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a d’ailleurs insisté sur le fait que l’entente doit envoyer un message clair aux pays et aux entreprises qui tirent toujours d’énormes bénéfices de l’exploitation des énergies polluantes. « Je tiens à dire que la sortie des combustibles fossiles est inévitable, qu’ils le veuillent ou non. Espérons qu’elle n’arrive pas trop tard », a-t-il souligné en s’adressant à « ceux qui se sont opposés à une référence claire » sur cette notion d’élimination dans le texte de la COP28.

« Match nul »

Fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal et conseiller principal chez Copticom, Hugo Séguin salue les avancées de cette COP concernant la définition de l’« enjeu numéro un » de l’atténuation du réchauffement. Mais il se montre très prudent sur les gains réels.

« Le problème est de mieux en mieux nommé. Mais, en fin de compte, le vocabulaire n’est pas suffisamment fort pour infléchir la façon dont les pays et les entreprises fonctionnent dans leurs relations aux carburants fossiles. Les entreprises vont toujours pouvoir prétendre travailler en faveur de la transition en mettant en avant leurs objectifs de carboneutralité », explique-t-il.

Il souligne que le texte final reconnaît par exemple le rôle que pourrait jouer la technologie expérimentale de la « capture » et du stockage de carbone. Au Canada, l’industrie des sables bitumineux mise beaucoup sur cette filière pour pouvoir réduire les émissions issues de la production tout en augmentant la quantité de barils extraits du sol au cours des prochaines années.

M. Séguin estime aussi que des pays comme les États-Unis (premier producteur mondial de pétrole et partisan de l’exportation de gaz naturel liquéfié) ou le Canada pourront à la fois continuer de miser sur une croissance de la production et affirmer respecter l’esprit du texte qui a été adopté mercredi à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

« C’est donc un match nul entre ceux qui voulaient qu’on indique la porte aux carburants fossiles et ceux qui voulaient maintenir le statu quo », illustre l’expert des négociations climatiques internationales. M. Séguin ajoute que le bras de fer va se poursuivre l’an prochain, lors de la COP29, qui se tiendra en Azerbaïdjan, un autre pays dont l’économie est dépendante de l’exploitation des énergies fossiles. « Mais la pression va s’accentuer, et peut-être qu’on arrivera à un consensus sur le fait qu’il faut sortir des énergies fossiles plus rapidement et de façon plus radicale. »

Le ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault, a pour sa part insisté sur les avancées réalisées dans cette nouvelle entente, qui intervient huit ans après la signature de l’Accord de Paris. « Le texte contient des engagements décisifs en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et de transition vers l’abandon des combustibles fossiles », a-t-il précisé.

Les écologistes canadiens comptent néanmoins accentuer la pression sur le gouvernement fédéral dans la foulée de la COP28. Ce dernier a annoncé en cours de conférence son intention de plafonner les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie pétrolière et gazière, mais sans restreindre la croissance prévue de la production dans certaines provinces très dépendantes de cette industrie.

« Alors que l’accord final n’inclut pas d’engagement clair pour l’élimination progressive de tous les combustibles fossiles, la pression pour un moratoire sur la production de pétrole et de gaz au Canada augmentera certainement à mesure que les événements météorologiques extrêmes détruisent davantage nos communautés et nos économies », estime Sabaa Khan, directrice générale pour le Québec et l’Atlantique et directrice du programme Solutions climatiques à la Fondation David Suzuki.

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2023-12-14T08:00:00.0000000Z

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