Le Devoir virtuel

Un succès monstre pour les costumes d’occasion

À l’approche de l’Halloween, les articles usagés et d’occasion ont la cote

ANNABELLE CAILLOU

L’augmentation du coût de la vie a de quoi faire peur aux Québécois cette année, mais pas au point qu’ils renoncent à la tradition de l’Halloween. Pour économiser quelques dollars, nombre de consommateurs se tournent vers le seconde main pour dénicher leur costume. Échange, revente en ligne, friperie: les articles usagés et d’occasion connaissent un succès monstre qui contraste avec l’achalandage observé dans certains magasins vendant du neuf.

« Avant, je ne me posais pas de questions, j’achetais ce qui plaisait à ma fille en magasin. Mais impossible que j’achète neuf cette année ! Les costumes sont chers. Avec les dépenses du quotidien, ça fait beaucoup », explique Lisa Garcia.

Le Devoir l’a croisée accompagnée de sa fille de 8 ans devant la bibliothèque Marc-Favreau — dans Rosemont–La Petite-Patrie —, qui tenait la deuxième édition de sa friperie d’Halloween samedi dernier. Le concept est simple: les parents avaient deux semaines pour apporter un déguisement pour enfants déjà porté, mais encore en bon état. Ils repartaient avec un coupon leur permettant de choisir en priorité un autre costume usagé à la braderie du 19 octobre.

Le but étant de tout redistribuer à la communauté, la braderie accueillait à la mi-journée les citoyens sans coupon, comme Lisa et sa fille. Ces dernières sont toutefois reparties bredouilles. « Il ne restait plus grand-chose à sa taille. On va profiter de la journée pour faire un tour des friperies et trouver le costume parfait », lance Lisa en souriant à sa fille.

À l’intérieur de la friperie improvisée, il ne restait en effet qu’une poignée de costumes et quelques accessoires. « Il y avait la file ce matin avant même l’ouverture. En une heure, on a dû redistribuer 120 costumes », confie, aussi étonnée que ravie, la bibliothécaire à l’initiative du projet, Élyse Noël-Gauthier.

Cet engouement, elle l’explique par l’explosion du coût de la vie, qui pousse des familles à chercher des options moins chères. Beaucoup de Rosepatriens ont aussi des préoccupations environnementales et veulent encourager l’économie circulaire. « Non seulement les costumes neufs sont chers, mais ils sont à peine portés parce que les enfants grandissent vite et leurs goûts changent. »

Les friperies en vogue

L’attrait du seconde main se fait aussi ressentir sur les réseaux sociaux. Plusieurs groupes d’échange, de don et de revente de costumes se sont réactivés dans les dernières semaines à coups de dizaines de messages par jour. C’est sans compter l’offre abondante de costumes de superhéros, de princesses et d’animaux en tout genre qu’on trouve à prix cassés sur Marketplace.

Les friperies bien établies, telles que les magasins Renaissance, Le Chaînon et Village des valeurs, ont également été prises d’assaut.

« La section costumes s’est vidée en un temps record dans notre magasin du Plateau-Mont-Royal », indique Stéphane Lamarche, directeur de l’organisme Le Chaînon, qui vient en aide aux femmes en situation de vulnérabilité notamment grâce aux profits faits dans ses magasins de revente de vêtements et d’articles de seconde main.

Si l’automne a toujours été la saison la plus importante pour l’organisme, les consommateurs se préparant déjà pour l’hiver, l’Halloween apporte son lot de clients supplémentaires depuis quelques années. « Ils viennent en groupes d’amis avec des demandes précises pour confectionner leur costume : une veste d’armée, des lunettes à paillettes, un pantalon en cuir… » donne-t-il en exemple.

« De façon générale, il y a un essor fulgurant des friperies depuis la pandémie », poursuit M. Lamarche, rappelant que Le Chaînon a ouvert un deuxième magasin au début 2024 pour accueillir des dons plus nombreux et répondre à une demande accrue.

Les clients affluent aussi davantage dans les friperies Renaissance. Ils reviennent plus souvent et s’inscrivent davantage à la carte de fidélité, indique la directrice des communications et du marketing, Marie-Claude Masson. Mais difficile de dire si l’achalandage en vue de l’Halloween a vraiment changé dans un contexte où les ventes sont en croissance à longueur d’année, dit-elle.

Le neuf en baisse

La popularité du seconde main fait toutefois de l’ombre aux magasins qui vendent du neuf pour l’Halloween. Si les grandes chaînes comme Party Expert ont indiqué au Devoir être « bien occupées » cette année, les petites boutiques indépendantes semblent davantage touchées.

« Il y a moins de monde et moins de ventes comparativement à l’an dernier. Et ce n’est pas parce qu’il y a des rabais que les gens achètent », note Lenia Ramos, copropriétaire de La fiesta idéale, située sur la Plaza Saint-Hubert, à Montréal. La boutique s’efforce pourtant de s’adapter à sa clientèle en investissant davantage dans les accessoires plutôt que dans les costumes complets, maintenant considérés comme « trop chers ».

« Tout est une dépense en ce moment pour les clients. Ils coupent partout, en particulier dans le divertissement », estime Mme Ramos.

« On est devenu un dépanneur, renchérit Zoé Lafond, copropriétaire du Party Shop de Saint-Jean-sur-Richelieu. Les gens viennent chez nous quand ils sont mal pris, dernière minute. »

À ses yeux, les friperies ne constituent pas sa principale concurrence. « Le problème, ce sont les Amazon, Temu et Shein de ce monde. Les gens achètent moins cher en ligne sans regarder la qualité. Les magasins de quartier comme nous en souffrent. »*

LA UNE

fr-ca

2024-10-29T07:00:00.0000000Z

2024-10-29T07:00:00.0000000Z

https://ledevoir.pressreader.com/article/281844354129934

Le Devoir