Décès de Robert Parizeau, champion discret du Québec inc.
Ils privilégient les gestes qui ne bousculent pas leurs habitudes de vie, selon le Baromètre de la consommation responsable
ALEX FONTAINE
Une majorité de Québécois se considèrent comme des consommateurs responsables… sans connaître les conséquences environnementales de leurs gestes. Ce paradoxe, tiré de la 16e édition du Baromètre de la consommation responsable, publié vendredi, montre l’étendue du chemin qu’il reste à parcourir pour adopter des pratiques plus soutenables.
« La plupart des citoyens ont fait beaucoup de choses, mais pas forcément les bonnes choses », résume Fabien Durif, professeur à l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, à l’origine du Baromètre.
Selon le sondage mené par l’Observatoire auprès de 2802 adultes québécois en début d’année, 68,3 % des répondants se disent être des « consommateurs responsables » et 54 % « cherchent activement à réduire leur impact » environnemental. En même temps, 64,8 % affirment mal connaître l’« impact réel de leur consommation ».
En d’autres mots, « on fait certains gestes et on voudrait que ça fonctionne, mais on n’a pas la bonne information, résume M. Durif. On doit lui donner [au consommateur] des repères et on doit lui permettre de savoir quels gestes vont avoir le plus d’impact ».
L’attrait des solutions faciles
Cette année, la méthodologie du Baromètre a changé pour mettre davantage l’accent sur les gestes concrets que posent les Québécois pour consommer de manière responsable. « Tous les gestes ne se valent pas, écrivent les auteurs. Sans repères clairs, difficile d’agir là où l’impact est le plus important. »
Dans l’ensemble, on note que les solutions les plus populaires sont souvent celles qui ont le moins d’incidence sur le style de vie. Incidemment, ce sont souvent les moins efficaces. « On va faire des gestes qui sont pour nous les plus faciles dans le contexte dans lequel on est », en tenant compte de nos contraintes, explique Fabien Durif.
Par exemple, en matière d’alimentation, les pratiques « peu contraignantes », comme la planification des repas, l’utilisation des restes ou encore l’achat de produits locaux, ont la cote. Cependant, les pratiques demandant de plus grands efforts, comme les changements de régime, demeurent moins répandues, même si elles sont plus efficaces.
Au bout du compte, les Québécois « privilégient des gestes accessibles et progressifs… tandis que les transformations les plus structurantes restent limitées », lit-on dans le document.
Contrer l’éco-fatigue
Le coup de sonde a aussi permis de quantifier le phénomène de l’« écofatigue » — une saturation des citoyens quant aux messages environnementaux. En effet, 31,4 % des sondés « se disent fatigués des leçons de morale
On doit lui donner [au consommateur] des repères et on doit lui permettre de savoir quels gestes vont avoir le plus d’impact
FABIEN DURIF »
sur l’environnement » et 29 % « en ont assez qu’on leur demande constamment de changer leurs habitudes ».
Face à une déferlante de messages, le réflexe de plusieurs est de se braquer. Près du tiers des répondants (30,7 %) « déclarent préférer parfois ne plus penser à l’environnement ». En résulte un sentiment d’impuissance quant à la crise écologique (42,4 %) alors que 31 % « estiment ne plus voir ce qu’ils pourraient faire de plus ».
Dans ce contexte, comment faire pour encourager les bons comportements, notamment de la part des gouvernements ? Fabien Durif suggère de mettre de l’avant les avantages économiques qui accompagnent certains gestes. On peut penser, par exemple, à un programme pour encourager l’achat d’une thermopompe, qui insisterait sur la baisse de la facture d’électricité plutôt que sur les bénéfices environnementaux.
« Souvent, c’est la porte d’entrée pour qu’on change notre comportement. Si ça permet en plus d’économiser, on va le faire plus facilement en tant que consommateur », conclut M. Durif.
WEEKEND
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2026-06-05T07:00:00.0000000Z
2026-06-05T07:00:00.0000000Z
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Le Devoir