Le seconde main fait peau neuve
La Fibre. Atelier veut séduire de nouveaux acheteurs en remettant à neuf les invendus des magasins Renaissance
ANNABELLE CAILLOU
Malgré l’essor du seconde main, l’achat de vêtements neufs ne ralentit pas, et les centres de dons débordent. Pour y remédier, Renaissance ouvrira dans les prochains jours à Montréal La Fibre. Atelier, une boutique où les invendus de ses friperies obtiennent une seconde chance de trouver preneur après avoir été remis en état. En proposant une expérience plus proche du magasin traditionnel, l’organisme espère convaincre une nouvelle clientèle de troquer le neuf pour l’occasion.
« Beaucoup de gens sont ouverts au seconde main, mais n’ont pas le temps ni l’envie de fouiller dans nos friperies pour trouver de petits trésors. On va faire le travail pour eux », a déclaré le directeur général de Renaissance, Éric St Arnaud, en entrevue avec Le Devoir, quelques semaines avant l’ouverture.
L’équipe a choisi de tester ce nouveau concept rue Notre-Dame Ouest, au coeur du dynamique quartier Griffintown. Lors de notre passage, elle s’affairait aux derniers préparatifs, protégée des regards indiscrets par de grands cartons apposés sur les vitrines. À l’intérieur, on est loin des allées serrées, bondées de vêtements, des grandes friperies Renaissance. L’espace, décoré avec soin dans un style « vintage chic », présente des portants espacés et organisés par collections pour aider les clients à repérer rapidement les pièces correspondant à leur style.
Ici, les vêtements ne proviennent pas directement des centres de dons. Ils ont déjà circulé dans le réseau de Renaissance — friperies ou centres de liquidation Kilo, où tout se vend au poids — sans trouver preneur. Parmi ces invendus, les pièces jugées les plus prometteuses sont sélectionnées, lavées, repassées, réparées, puis intégrées à de véritables collections et vendues à La Fibre. Atelier.
« En premier, c’est l’oeil qui repère le potentiel d’un vêtement. Puis il faut regarder l’étiquette : on a des marques qu’on sait de meilleure qualité. On ne va pas prendre du H&M ou du Shein par exemple », explique la créatrice de collection Lorraine Archambault. L’équipe inspecte ensuite chaque pièce pour vérifier la réparabilité d’éventuels trous ou taches. « On cherche le maximum de qualité pour limiter le temps de réparation et offrir des vêtements à des prix raisonnables », poursuit-elle. Compte tenu de tout ce travail en amont, les prix en boutique seront en moyenne 20 % plus élevés qu’en friperie traditionnelle.
Lutter contre le gaspillage
« L’idée, à la base, c’est de diminuer cette montagne de vêtements qui ne cesse de grossir et qui finit souvent dans des sites d’enfouissement à l’étranger. J’adore la mode, mais la fast-fashion et la surconsommation qui l’accompagne sont une catastrophe pour la planète », déplore la designer Mariouche Gagné, fondatrice de la griffe écoresponsable Harricana.
C’est elle qui a imaginé le concept de La Fibre. Atelier. Depuis des années, elle cherchait à mettre son expertise au service d’un modèle poussant plus loin la récupération textile. Lorsqu’elle a sollicité Renaissance, l’organisme a immédiatement embarqué. Aujourd’hui, elle joue surtout le rôle de conseillère au développement du projet, ayant accepté entre temps la direction du Conseil des métiers d’art du Québec.
Pour Éric St Arnaud, l’idée de la designer est « du génie » et correspond aux valeurs et à la mission de Renaissance. L’organisme qui se targue d’avoir le plus haut taux de réemploi au Québec, soit 26 %, estime pouvoir atteindre 30 % d’ici peu, notamment grâce à ce nouveau concept.
Il vise la vente de 300 pièces par jour à La Fibre. Atelier, afin d’assurer une rotation constante et, ultimement, de réduire le gaspillage textile au bout de la chaîne. « Ça prend un changement de paradigme, et vite, poursuit le directeur général. On ne peut pas continuer à surconsommer autant. Il faut que le seconde main devienne un premier réflexe, pas seulement une solution de rechange. » Et ouvrir une boutique qui adopte les codes de vente d’un commerce traditionnel fait partie de sa stratégie pour attirer une clientèle qui ne serait pas tentée de mettre les pieds dans une friperie.
« Cette clientèle qu’on vise, elle est prête à payer plus cher pour des vêtements remis à neuf, soutient-il. Elle veut un service, elle veut être guidée, conseillée, pour repartir avec plusieurs ensembles. C’est ça qu’on va lui offrir. » « Les gens vont toujours acheter du neuf. Mais s’ils achètent en premier usagé, ils auront plus d’argent pour acheter du neuf de qualité et pourquoi pas fait ici, plutôt que de la fast-fashion vendue sur des sites étrangers », ajoute-t-il.
La boutique La Fibre. Atelier ouvrira officiellement en « soft open » le mercredi 13 mai. Les gens du quartier y sont conviés pour un 5 à 7.
Si le concept fonctionne, d’autres boutiques pourraient voir le jour. « C’est beaucoup d’apprentissages. C’est la première boutique, il faut le vivre. […] Mais on ne se cachera pas qu’on voit ça comme un laboratoire », conclut M. St-Arnaud.
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